HELVETIA Games: My way on the highway…

J’étais bien parti ce week-end pour vous parler d’un jeu que j’avais récemment eu l’occasion de découvrir pour finalement me raviser. Non pas que le sujet ne fut-ce pas digne d’intérêt, encore qu’il soit possible que ce dernier n’eut d’intérêt que pour ma modeste personne… Il s’avère qu’étant sujet à pas mal d’introspection, je décidais finalement de baver sur un sujet plus vaste…

« On admire le monde à travers ce qu’on aime. »

(Alphonse de Lamartine)

Pour ceux qui comme moi se retrouvent à l’orée d’une période de vie au cours de laquelle la tendance quelque peu pernicieuse (bien que saine en ce qui me concerne) consiste à remettre à peu près tout en cause ce qui compose globalement son existence, cette citation au demeurant plutôt anodine d’Alphonse de Lamartine s’avère pourtant être d’une profondeur stupéfiante.

Je suis plutôt partisan de l’école de pensée qui croit qu’une oeuvre (d’art ou quelle que soit sa nature) est perçue différemment par les personnes qui la contemplent. L’artiste s’exprime à travers une oeuvre; ce dernier se servira de ses acquis, de son vécu, de ses expériences, de ses tragédies, de ses moment de bonheur, de son existence pour traduire dans une langue qui lui est propre, ce que sa sensibilité tentera de matérialiser. Il en est de même pour celui qui la contemple; c’est en se basant sur ce que nous pensons connaître le mieux – c’est à dire nous même, que nous tentons d’appréhender ce qui nous entoure…

Or que se passe-t-il si toutes ces belles certitudes se volatilisent peu à peu?

J’ai longtemps cru que mon regard sur le monde devait in-facto être biaisé. Si j’admire le monde à travers le filtre « de ce que j’aime », est-ce que cela sous-entendrait quelque part, que je ne donne que peu de crédit à ce que ce filtre primaire rejette?

Comme d’habitude – du moins pour moi, c’est quand on s’y attend le moins, que des réponses nous sont révélées. C’est ainsi que je tombais sur cette phrase de Nietzsche dans son oeuvre « Humain, trop humain ».

« A trop admirer les vertus des autres on peut perdre le sens des siennes propres tant et si bien qu’en ne les exerçant plus, on les oublie complètement sans recevoir pour autant celles des autres en compensation…« 

(Friedrich Nietzsche)

A la même époque, j’entendais parler d’un type, un certain Franzetti, officier de carrière de l’armée Suisse qui a 39 ans, alors déjà Lieutenant-colonel EMG (soit pas le dernier loufia du club) avait décidé d’envoyer bouler le monde du M.I.G. (Men in Green) pour se consacrer à la réalisation de son rêve: devenir éditeur de jeu…

Les dirigeant de la TSR étant semble-t-il intrigués par une telle décision avait même décidés de couvrir l’événement par un reportage.

Nietzsche était un bon, faut quand même l’avouer… 

Le parcours de Franzetti-sama et d’Helvetia-Games est selon moi l’exemple concret que d’une part « si l’on veut, on peut », et d’autre part « qu’il n’est jamais trop tard pour changer de côté de route ».

Depuis notre plus jeune âge, on nous demande systématiquement ce que l’on souhaiterait faire plus tard. Les idées chouquettes et parfois fantaisistes de notre jeunesse laissent alors souvent la place à des convictions moins originales et qui répondent mieux aux critères de notre entourage et économique de notre société.

Mais Quid de nos rêves? Quid de nos grandes espérances?

Combien parmi nous peuvent se targuer d’avoir rêvé autrefois occuper le poste qu’ils occupent aujourd’hui? Peu j’en ai peur, très peu – et je ne fais en tout cas pas partie de ce microcosme.

Est-ce que cela sous-entend que je déteste mon job pour autant?

Non évidemment – sans quoi, en toute vraisemblance, je l’aurais déjà quitté… (et encore que ce point devrait se discuter…). Comme pour la majorité des emplois, certains aspects sont intéressants, d’autres le sont moins. Il suffit en fin de compte pour avancer sans trop de heurts, de se rabattre sur les aspects qui nous parlent tout en essayant de faire fie du reste. Mais je l’avoue, c’est loin d’être évident.

Mais est-ce que ce type d’emploi nous nourrit autrement que simplement par le versement d’un salaire qui nous permet de survivre? J’ai bien peur que non. Il n’y a que peu de place pour le rêve au niveau professionnelle spécialement dans une société comme la notre.

Est-ce que c’est grave pour autant? Faut-il s’en inquiéter?

Ne devrait-on pas au contraire favoriser nos rêves un peu fous pour permettre à tout un chacun de tenter de s’épanouir?

Je serai tenté de dire oui…

Bien évidemment, d’autres me répondront qu’avec le temps, on découvre d’autres choses, que l’on développe d’autres intérêts et que finalement ces nouveaux intérêts estompent peu à peu les anciens… Mais je rétorque que c’est faux; et je vais même plus loin en qualifiant ces propos d’hypocrites! Je ne suis définitivement pas d’accord. On n’oublie jamais ses rêves, mais comme après une rupture douloureuse, ou un décès, on apprend tout au plus à vivre sans… En revanche, le niveau de frustration ne fait qu’augmenter au fil des années. Et c’est bien le plus grand danger de toute cette histoire…

Je n’ai jamais oublié mes rêves. Ils ont certes évolués avec le temps mais concrètement, ils ont toujours été là quelque part en moi. Je n’ai d’ailleurs jamais essayé de les oublier, encore moins d’y renoncer. Même si au jour le jour, j’ai dû me résoudre à passer à autre chose… Ce sont entre autres mes rêves et la petite possibilité qu’un jour je puisse les réaliser qui m’ont permis d’avancer…

La vie fait que parfois, les choix qui s’offrent à vous finissent malheureusement par être plus restreint que ce que vous auriez pu croire. D’autant vous diront que l’on a toujours le choix – mais c’est faux. On a éventuellement le choix quand on vit seul, ou tout au plus en couple. Et même parfois dans ces conditions plus idéales, on est tout autant bloqué. Mais les considérations sont toutes autres quand des enfants rentrent dans le jeu. On ne peut plus agir à la légère. Comme aux échecs, chaque coup doit être mûrement réfléchi, sous peine d’y perdre des plumes et la spontanéité professionnelle n’est plus vraiment à l’ordre du jour. Vous avez dès lors une énorme responsabilité et cette responsabilité se reflète chaque jour dans les yeux de votre progéniture.

Faut-il le regretter? Non évidemment. Je ne regrette rien.

Mais vient alors un jour le moment de se poser les bonnes questions.

D’autant diront que la fameuse crise de la quarantaine n’existe pas, mais autant le dire tout de suite: personnellement, j’y crois. Je suis simplement d’avis que ce n’est pas forcément à l’approche de la quarantaine que la dite crise pourra se produire. Le facteur est selon moi propre à chacun et ce au moins autant que l’âge auquel la dite crise pourra potentiellement venir sonner à votre porte. Bien des personnes m’ont déjà certifiées qu’elles n’avaient jamais eu de quelconque « crise » pouvant s’y apparenter. A la bonheur – tant mieux pour elles. Ceci dit, je n’avais jamais rien demandé non plus. Et pourtant…

« Nul n’est plus chanceux que celui qui croit à sa chance. »

(Proverbe Allemand)

Helvetia-Games est inscrit au registre du commerce en mars 2012. Mais on ne s’invente pas éditeur du jour au lendemain. Les décisions fondamentales sont un peu comme le bon vin. Il leur faut un peu de temps pour les laisser arriver à maturation.

Comment un Lieutenant-Colonel de l’armée se retrouve-t-il propulsé éditeur de jeux? Qu’est-ce qui pousse un officier de carrière de l’armée à tout arrêter du jour au lendemain? Evidemment, c’est l’intéressé qu’il faudrait interroger pour obtenir une réponse. Mais je me suis permis de me forger une idée personnelle sur la question que je m’en vais vous partager…

Mais revenons à nos fraises des bois. Celui qui est alors encore militaire dans le professionnel est également président d’un club de jeux depuis presque 10 ans. De par ce fait, chance lui est donné de voir passer des prototypes de jeux d’auteurs voire même parfois d’éditeurs de jeux. Est-ce la rencontre de Frank Crittin et Grégoire Largey qui aurait précipité le virage que Pierre Yves était semble-t-il déjà en train de prendre? Probablement, mais là encore, seule l’intéressé est en mesure de répondre à cette question…

Ce qui est certain, c’est que la collaboration des 3 compères associé au talent graphique de Lorenzo Mastroianni donna lieu au Tome 1 de l’histoire d’Helvetia-Games; un premier jeu (sur lequel je reviendrais un tant soit peu plus tard) prénommé Helvetia-Cup. Le pitch est plutôt fun: il est dit qu’Helvétia – le pays fantasmagorique dans lequel évolue le jeu, s’est développée à travers la diplomatie et les guerres. Trouvant que trop de sang était versé, les peuples désunis d’Helvétia tentèrent de trouver un autre moyen d’expression dans l’optique de résoudre les problèmes inhérents de rivalité qui avaient trait entre habitants. C’est ainsi que naquit un nouveau sport: la coupe d’Helvétia.

Vous l’aurez compris, c’est bien de football dont il est question. Impossible donc de ne pas faire un parallèle avec son auguste prédécesseur, Blood Bowl. ce qui à mon sens est plutôt flatteur…

Zieutez donc la TricTrac-TV réalisée pour l’occasion…

Mais à la base d’Helvetia-Games, il est aussi question de la rencontre de Pierre-Yves et de Christophe Borgeat. Séduit par le concept de Borgeat, Pierre-Yves essaye d’abord de l’aider globalement dans ses démarches pour trouver aussi bien un éditeur qu’identifier les contacts nécessaire quant à la production du jeu. Ses recherches l’amènent finalement à prendre la meilleures décisions: se proposer d’éditer le jeu lui-même… Borgeat accepte, Lorenzo Mastroianni est de nouveau aux fourneaux graphiques; le Tome 2 est en route, qui donnera lieu à un jeu de gestion à « l’allemande »: Shafausa.

Comme pour le tome 1, l’histoire se déroule en Helvetia, mais on se déplace cette fois-ci sur le nord de la carte. Le pitch est toujours aussi fun, même si pour le coup, on change complètement de registre. Cette fois-ci, c’est de gestion et de… nains dont il est question! A fortiori, les barbus de Shafausa creusèrent sous les chutes du Fleuve Rain dans l’optique de pratiquer l’expansion territoriale tout en prospérant; beh oui – joindre l’utile à l’agréable comme qui dirait. Ces quelques menus travaux les amenèrent à découvrir des ressources, trois fois rien ceci dit… Bon ok, des trucs quand même plus ou moins rares, qui leur permirent – disons, de s’enrichir grâce à un système boursier mis en place en Zuriga par les vampires… Ces derniers convièrent les différentes factions d’Helvétia à participer aux tractations au sein de cette nouvelle forme d’économie.

Là encore, vous en apprendrez plus avec la TricTrac-TV!

Le premier janvier 2014, une page se tourne définitivement. La boucle est bouclée; le rêve prend son essor. Le Lieutenant-Colonel EMG Franzetti rend son arme de service et ses élastiques de jambes (surtout ses élastiques) pour se consacrer définitivement à l’édition. Enfin pas tout à fait; faut pas charrier non plus! Resteront encore les cours de répétions jusqu’à 128 ans.

Mais 2014 est également synonyme de sortie du petit dernier d’Helvetia-Games: UNITA.

C’est le Luxembourgeois Steve Brück qui endosse la casquette d’auteur, alors que l’on retrouve Lorenzo Mastroianni aux commandes graphiques associé cette fois-ci à un autre nom connu dans le monde de l’illustration graphique ludique: Ismaël (Archipelago, Dungeon Twister…). Comme au cours des deux premiers tomes, les joueurs poursuivent leur voyage en Helvetia mais cette fois avec la guerre en toile de fond. Car le pays en devenir d’Helvetia est alors partagé entre les Empires voisins exigeant obéissance et paiement d’impôts. Primitiva est la première contrée à se révolter, prête à se battre pour obtenir l’indépendance, rapidement suivit par d’autres joyeuses régions telles que Luserna, Zugriga, Berena, Friburga, et cetera… Unita – sorte de wargame familiale, offre au joueur la possibilité de faire partie intégrante de plusieurs siècles d’histoire alternant entre période de guerre et pseudo-calme diplomatique.

Oui je sais – c’est dingue! Vous ne vous y attendez évidemment pas, mais blablabla tout ça et plus encore sur la TricTrac-TV… 🙂 Mais pour le coup, vous pouvez aussi jeter un oeil à la présentation en vidéo.

Dans le courant du mois d’août de la même année, Helvetia-Games acquiert sa première boutique à Lausanne. Le Helvetia-Games Shop qui associé au site internet donne à présent pignon sur rue à la jeune société.

Tout ça fleure bon la success story… non ?

OK sir, but what’s next?

Avec un parcours aussi fulgurant, on serait en droit de se poser la question… Mais là encore, Pierre-Yves annonce joyeusement la couleur. Pas question de s’arrêter en si bon chemin! Le Tome 4 des aventure en Helvetia est déjà en chantier. Le duo Mastroianni/Isamël semble à nouveau faire partie du projet; ce dernier portera le doux nom de Carnaval à Sanagal. Une histoire tournant cette fois-ci autour de mages…

Mais c’est surtout le premier jeu « Helvetia Cup » qui revient en force sur le devant de la scène. Après avoir mené une campagne de pub prévisionnelle particulièrement bien ficelée sur les réseaux sociaux, Helvetia-Games, qui a décidé de surfer sur la mode du financement participatif, propose aux joueurs 5 nouvelles extensions via le site Kickstarter (voire même plus si vous ne possédez pas le jeu de base). Les nouvelles équipes sont les Vampires, les Ours, les Ogres, les nains et les succubes… Tout ça est évidement particulièrement appétant!

Le financement a été lancé jeudi 16 octobre et sera encore effectif pour 26 jours. Le montant limite à atteindre a été fixé à 55’000$. A l’heure ou j’écris cet article, 12’500$ on déjà été atteint. Soit 4 jours plus tard… Je ne peux que vous encourager à participer – ne serait-ce que pour donner un coup de pouce à une société HOME-made qui en a besoin et pour un gars qui selon moi mérite pleinement ce succès.

Show must go on… 

Il n’y a pas un seul jour qui passe sans que je fusse amené à me poser des questions sur ce que je suis, sur mon parcours, sur mon quotidien, vers quoi j’ai envie de tendre etc…

Cette remise en question incessante peut sembler ennuyeuse, oppressante, fatiguante voire même destructrice. Je ne vous cacherais pas qu’une certaine dose d’énergie est nécessaire pour y faire face, mais je suis aussi conscient d’être très chanceux: ce processus amène une réflexion égocentrique plutôt saine qui peut certes être terrifiante mais également porteur d’espoir.

Dans le registre de la sagesse asiatique, si l’on met de côté Sun-Tzu et son art de la guerre que j’ai eu l’occasion de lire à plusieurs reprises, les enseignements de Confucius sont parfois particulièrement pertinent.

Voici 5 citations qui valent la peine d’être lues…

  1. « Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir ». Il est question de se fixer des objectifs, des buts à atteindre, et de mettre les moyens pour les réaliser.
  2. « Ne cherche pas à connaitre les réponses, cherche à comprendre les questions ». Nous voulons souvent sauter des étapes pour aller directement au but, sans chercher à comprendre pourquoi. Posez-vous les bonnes questions, et essayez d’y trouver les bonnes réponses. Le fruit de cette réflexion vous apportera beaucoup plus que de chercher des solutions de manière passive.
  3. « Choisissez un travail que vous aimez, et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ». Cette phrase géniale résume à elle seule ce que devrait être notre vie: faire de notre passion notre vie de tous les jours, et réussir à en vivre.
  4. « L’ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments ». Il faut faire les choses dans l’ordre, avec des bases saines et solides; apprendre, avec humilité et progresser petit à petit…
  5. « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ». Une phrase qui représente mot pour mot la prise de conscience que j’ai eu il y a déjà quelque temps déjà. Il est question de l’importance de vivre sa vie pleinement.

En ce qui me concerne, je ne suis pas encore arrivé au bout de mon chemin de croix. Mais je me suis mis en route depuis quelque temps déjà. J’espère qu’un jour, moi aussi je pourrais dire avec fierté avoir réussi. D’après Sénèque, je cite: « Le plus grand obstacle à la vie est l’attente qui espère demain et néglige aujourd’hui ». Je ne sais pas pour vous, mais je crois que Pierre-Yves Franzetti l’a bien compris…

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